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Patrimoine : Joachim du Bellay et ses deux statues

Animations et solidarités - Loisirs / Le 12 septembre 2022

La ville d'Ancenis a élevé une statue au poète en 1894. Installée alors sur le vieux port, dans un petit square, elle est déplacée près du pont suspendu vers la fin des années 1950. Aujourd'hui, elle forme avec le pont l'image emblématique de la ville. L'histoire de cette statue et de celle qui aurait dû la remplacer mérite d'être contée.

Léon Séché, écrivain parisien natif d'Ancenis et très attaché à son pays natal, s'était fixé la mission d'élever des statues aux grands hommes de l'Ouest. Dans sa commune, il entreprend d'ériger un monument à Du Bellay sur l'ancien port. La statue en bronze, due au sculpteur Adolphe Léofanti, est inaugurée le dimanche 2 septembre 1894. C'est l'occasion de mémorables fêtes auxquelles sont associés le monde littéraire et la presse parisienne. Quelques Angevins les boudent, estimant que le poète qui a chanté la douceur angevine appartient à Liré et n'a rien à faire à Ancenis.

La statue coule, si l'on ose dire, des jours heureux. Mais en 1941, le gouvernement de Vichy lance une campagne de récupération des métaux non ferreux. Il s'agit en principe de pallier la pénurie de matériaux dont souffre l'industrie française. En réalité, le métal collecté sert à l'effort de guerre allemand. Les statues de bronze qui peuplent les rues et les places des villes françaises sont condamnées à la fonte. De rares exceptions sont prévues, pour « les gloires nationales incontestables ». 

La commission chargée de choisir les statues à conserver dans le département demande qu'on épargne la statue de Joachim Du Bellay, pour son « intérêt artistique et intérêt national indiscutables ». Mais l'Administration passe outre. Pas d'exception pour Du Bellay ! 

Le bronze est voué à la fonte, mais il aura le privilège d'être remplacé par une nouvelle statue, en pierre. Finalement, le maire d'Ancenis obtient l'accord de la préfecture pour substituer 250 kg de cuivre à la statue. Cependant, de peur que l'Administration ne revienne sur sa décision, on préfère la faire disparaître. Hilaire Boursier, patron d'une entreprise de serrurerie et de construction métallique, et préposé à l'enlèvement des statues anceniennes, enterre nuitamment Du Bellay dans la cour de sa maison, rue Georges-Clemenceau. Près des allées de platanes qui bordent le boulevard Joubert, le socle reste vide pendant près de trois ans.

En octobre 1944, quelques mois après la Libération, la statue est ressortie de sa fosse. Au printemps suivant, elle est replacée solennellement sur son socle. Entre temps, une statue en pierre a été commandée par l'État au sculpteur Alfred Benon. Elle représente le poète assis, un manteau jeté sur les épaules, le manuscrit de sa « Défense et illustration de la langue française» posé sur les genoux. Puisqu'elle n'a plus sa place à Ancenis, le maire propose de l'offrir à la commune de Liré. Elle y est inaugurée en grande cérémonie le 24 août 1947.

Rédaction et visuels / ARRA [Association de Recherches sur la Région d'Ancenis]
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