Rencontre : les statistiques au service de l'humain

Aymeric Stamm
Il faut être humble, clair et transparent dans toute production scientifique.
Des chiffres au cerveau
Aymeric grandit entre Lyon et l’Auvergne. Bon élève, on lui prédit une carrière d’ingénieur, mais l’idée de passer ses journées derrière un écran le séduit peu.
« Encore maintenant, je fais beaucoup de sport, et je ne me voyais pas du tout rester assis sur une chaise à longueur de journée »
raconte-t-il. Lors d’un forum d’orientation, l’armée lui ouvre une autre perspective : devenir ingénieur tout en continuant le sport. Séduit, il intègre le Prytanée, une classe préparatoire militaire à La Flèche. Après une école d’ingénieurs à Lyon, il part pour un double diplôme au Politecnico de Milan. Là, un professeur passionné lui fait découvrir les statistiques. Six mois de recherche imposés par le cursus deviennent une révélation.
« Je n’en avais jamais fait et ça m’a littéralement passionné »
confie-t-il. Il choisit Rennes pour son doctorat en imagerie médicale. Pendant trois ans, il développe des modèles statistiques capables de reconstruire la connectivité du cerveau à partir des images de l’IRM. Cette expérience le conduit à Boston où il aide les neurochirurgiens à visualiser les réseaux neuronaux avant une opération sur une tumeur, par exemple.
« On fournit une reconstruction de l’état actuel du cerveau pour savoir combien de tissu il faut enlever. L’objectif étant de parvenir à une reconstruction en temps réel »
précise Aymeric.
Appliquer les statistiques
Après Boston, il retourne à Milan pendant trois ans où il contribue à des méthodes visant à détecter plus tôt certaines pathologies chez l’enfant, notamment les troubles du spectre autistique.
« Si on compare le cerveau en le voyant comme un graphe, on arrive à détecter beaucoup plus tôt des déviations »
explique-t-il. De retour en France, il rejoint le CNRS à Nantes comme ingénieur de recherche. Son poste combine recherche scientifique et développement d’outils logiciels pour rendre les méthodes du laboratoire accessibles à d’autres utilisateurs. Il retrouve ainsi un équilibre entre théorie et mise en œuvre concrète.
Sciences, art et tout-petits
Il s’investit également dans les projets « Art et sciences » pour promouvoir les maths auprès du grand public. Avec Athénor* et des psychomotriciens et neuropsychologues grenoblois, ils étudient les effets de la musique improvisée sur le développement du langage chez les tout-petits, dans le cadre du festival Ce soir, je sors mes parents, organisé par la COMPA. Avec son expertise des graphes, il propose une approche pour décrire les interactions à travers mouvements, regards et réponses sonores.
Les séances se déroulent à Loireauxence, au multi-accueil Jean Epstein, suggéré par Aymeric, habitant de la commune.
« Les équipes éducatives se rendent bien compte que les interventions sont très bénéfiques »
observe-t-il. Ces résultats pourraient appuyer des demandes de subvention pour renforcer la place des pratiques culturelles dans la petite enfance.
Le dispositif est volontairement discret : une seule caméra grand angle dans la salle de crèche.
« Il faut que les enfants ne se sentent pas observés »
souligne-t-il. Et lorsqu’on lui demande quand les résultats seront présentés, il répond :
« Des résultats vraiment intéressants seront présentés plutôt fin 2026. »
