Ador, graffeur espiègle

Nous ne dévoilerons ni son nom, ni sa photo, Ador est de ceux qui restent dans l’ombre, mettant en lumière son oeuvre plutôt que son être. Un pseudo facile à lire et à dire aux quatre coins du monde, aux consonances rondes, douces et enfantines, reflets de ses illustrations. Un choix assumé pour garder l’anonymat et le mystère, cher à l’artiste peintre, spécialiste de l’art urbain et auteurde la cabane à livres de Loireauxence.

Des premiers pas...

Ce gamin nantais, a grandi un crayon à la main, « avant d’entrer en maternelle, j’avais déjà de l’entrainement en matière de dessin ». Il recopie les héros de son enfance, Spirou, Lucky Luke, Astérix, Edika, « ces illustrateurs m’ont ouvert la voie, je me servais de leur travail pour m’exercer ». Au lycée, naturellement, il choisit l’art appliqué. Déjà, il croque ces petits monstres à l’esprit cari-catural, au style si reconnaissable. Sa « tribu » de personnages, toujours d’actualité, commence alors à prendre forme et le dessin prend de plus en plus de place. « Je crée mon propre univers, comme un refuge ».

Bercé dans la culture hip-hop, il découvre progressivement l’art urbain et le graff. « Tout le monde autour de moi commence à tagguer, je m’y essaie et je découvre la bombe. » Ado, il n’envisage pas d’en faire son métier de peur que l’argent ne bride sa créativité. Il enchaîne alors petits boulots : maraîcher, professeur d’art plastique, déménageur. Puis, le déclic. « Je veux dessiner à 100 %, c’est ce qui me rend heureux ».

... à l'envol

Artiste peintre professionnel depuis six ans, il choisit l’art urbain pour être vu, sans être reconnu. Grâce à ces galeries à ciel ouvert, les rencontres se créent et les projets s’enchainent. Il est invité aux quatre coins du monde : à Shenzhen pour décorer un centre commercial avec une sculpture de 4 mètres de haut, à Londres pour exposer des tableaux dans une galerie… L’un de ses projets le plus marquant, « j’avais carte blanche pour peindre un mur de 12x10 m, sur la promenade d’un centre commercial près de Paris. Je me suis senti chanceux d’être invité ».

Des idées, il n’en manque pas. Pour créer ses personnages au nez longs et pointus, il s’inspire largement de ses rencontres, « dans le métro, je suis interpelé par une attitude, un physique particulier ». Ses créatures repoussantes mêlées à l’humour et l’innocence de l’enfance font mouche. « Plus mes personnages sont vilains plus ça me plait. Souvent, je ris seul devant mes peintures comme on rit de ses propres blagues. » Son univers décalé séduit. « Les projets rebondissent entre eux, chaque étape est bonne à prendre, que ce soit à Los Angeles ou à Loi-reauxence. »

À Loireauxence, grâce au bouche à oreille et à ses proches habitant la commune, il peint sa première cabine téléphonique, transformée en cabane à livres pour le réseau Biblio’fil. Sa deuxième intervention en Pays d’Ancenis. Car déjà en 2019, avec le foyer de jeunes de Loireauxence (Varades), il conçoit une fresque collaborative autour du 30e anniversaire de la chute du mur de Berlin. « Peindre à plusieurs crée une super énergie ». <

Sans être engagé, il fabrique une vision inédite du monde avec son art. « J’espère que les spectateurs se questionnent en passant devant mes oeuvres ». Son projet le plus fou ? Mettre en scène sa galerie de personnages, environ 40 actuellement, dans un film d’animation. Pour l’instant, « je suis déjà bien occupé, j’ai des projets jusqu’à fin 2021 ».